mercredi 2 septembre 2015

Le Bon, la Brute et l'Educateur....

Je sais, c'est un peu provocateur. Quand j'ai cherché un titre pour cet article, j'ai pensé à des choses plus ampoulées, ou bien moins explicites "Société et éducation: l'incompatibilité d'humeur?", "Enfants et Adultes, bientôt la guerre?".... Bref, pas évident.

Dans un article précédent, j'ai évoqué l'hypothèse que notre société puisse mal tolérer, voire ne pas tolérer du tout la présence d'enfants avec tout ce que ça peut évoquer de bruit, désordre et autre dérangements, dans le domaine public. Et que cela engendre une sorte de dichotomie chez les parents.
Pour se convaincre du peu de tolérance aux enfants de notre société, il suffit d'avoir été un jour assise dans un wagon TGV et de sentir la soudaine tension qui traverse le wagon à l'arrivée d'une mère et de ses 3 enfants de moins de dix ans. Après son passage, les soupirs de soulagement sont audibles, mais les sourires se crispent lorsqu'elle arrive finalement à bon port (pas bon pour tout le monde) et qu'elle s'y installe à grand renfort de "mets pas tes pieds, assieds-toi bien, fais attention à la dame, lâche ta tétine, touche pas à ça, fais moins de bruit, non, pas là, c'est pas ta place, laisse ton frère tranquille, etc..."! C'est d'ailleurs, à mon avis, pour cette raison que la SNCF a créé le "Carré Famille" où tu es sensée être entre parents et enfants. Faudrait pas trop déranger le cadre commercial ou la chargée de mission en vadrouille.

Autre exemple, les grandes surfaces. Tu ne peux pas pousser ton caddie tranquille sans voir un parent menacer un gosse,  voire -trop souvent- sans entendre le claquement sec d'une paume sur une joue.

Je sais que la France peut se targuer d'une politique petite enfance très généreuse par rapport à ses voisines. Que ce soient les congés parentaux, les crèches, l'enseignement dès 3 ans, les assistantes maternelles, les allocs, les visites remboursées Sécu, les centres aérés, etc... Je ne dis pas que c'est parfait, mais ça existe et ce n'est pas toujours le cas ailleurs. En Allemagne, si tu veux des enfants, un des parents arrête de travailler parce que les structures n'existent pas vraiment. En Angleterre, pareil. En Espagne et en Italie, si tu n'as pas les grands-parents disponibles, c'est compliqué. Je te passe les Etats-Unis évidemment.... Tout ça pour dire que nous sommes plutôt avantagé(e)s de ce côté. Pas autant que la Scandinavie, d'accord, mais quand même pas mal... 
Le paradoxe se situerait plutôt, à mon avis, au niveau du regard extérieur et de la façon dont les bébés et les enfants sont perçus et pris en compte chez nous. Pourtant, nous sommes très fiers de notre natalité. Mais c'est comme si le taux de natalité le plus élevé d'Europe (avec l'Irlande, je crois) était complètement décorrélé de la conséquence fatale qui est d'avoir des enfants dans les rues, les immeubles, les trains, les parcs, les restos, etc.... Un fort taux de natalité, oui! des enfants chez nous, non!

Je me dis que, nous parents, lorsque nous avons des bébés, des enfants, des ados, nous percevons cette attente, voire cette contrainte de la part de la société en général, de façon sous-jacente, non-dite, de ne pas laisser nos enfants prendre trop de place, de ne pas faire trop de bruit, de ne pas déranger. Et ça nous stresse! Alors, en tant que parents responsables, on anticipe, on prévoit, on organise. Dans le TGV, encore une fois, tu vois des gosses arriver avec des sacs de jeux, feutres, coloriages, livres, magazines, figurines, gametrucs, DS8bis, etc... suffisants pour équiper une petite ludothèque de province. Ce qui ne les empêche aucunement de vouloir... autre chose au bout de 10, 20 ou 30 minutes de voyage selon que ton alignement de planètes est favorable ou pas.

Les neurosciences nous apprennent, nous confirment que les enfants ne sont pas de petits adultes en miniature. Ils sont des êtres d'émotions, de dialogue, de contact (comme les adultes) et l'immaturité de leur cerveau les empêche d'analyser, comprendre, canaliser leurs émotions (comme parfois les adultes). Ils doivent être accompagnés (accompagner, pas dresser) pour apprendre à mettre en place les processus cérébraux variés qui leur permettront, à terme de "gérer" leurs émotions. 
En attendant le "à terme" en question, ils sont en colère, en rage et ils crient, fort parfois, ils sont tristes et ils pleurent, ils sont heureux et ils le manifestent,  tout ça de façon expansive.

C'est normal. 

Sauf que, chez nous, j'ai l'impression que c'est perçu comme un signe de mauvaise éducation. Et de ce fait, la pression sociétale sur les parents concernant la "bonne tenue" et l'attitude de leurs enfants est très forte, et j'ai la sensation qu'elle est bien plus forte que dans d'autres pays. (Je mets à part la Chine et la Corée du Nord... au moins ces deux-là).

Lorsque je vais à l'étranger, ou lorsque j'entends des étrangers en France au camping par exemple,  j'entends et je vois beaucoup les enfants.
En Suède, des témoignages rapportés par des amis, des collègues (français), décrivent des enfants faisant des crises de rage dans la rue, grimpant sur les bancs dans le bateau, sur les sièges dans le bus, mangeant avec les doigts dans les restaurants, etc... des enfants extrêmement audibles et visibles dans l'espace public.

Quiconque est allé en Israël peut aussi témoigner de ces enfants qui rient, jouent, qui font des blagues, qui hurlent, trépignent, qui frappent parfois leurs parents, partout dans les rues, les parcs, les plages, les restos. J'en ai même vu un qui a fait pipi au milieu du salon, à 10 cm de mes tongs, sans plus de réaction de la part de sa mère que de se lever et d'aller chercher une serpillère. L'amie qui était avec moi, hilare de mon ahurissement et connaissant le mode éducatif français, m'a expliqué en sortant que "ici, en Israël, on est à peu près sûr(e)s d'avoir nos enfants jusqu'à 18 ans. Après, ils vont au service militaire, et ils ne reviennent pas toujours". 

 En France, en fait, comparativement, tu n'entends les enfants que très peu. Tu les vois assez peu dans l'espace public. Tu sais qu'ils sont là  mais par effet-miroir en quelque sorte.  Ceux que tu entends, ce sont leurs parents qui crient, qui hurlent, qui commentent, qui enjoignent, qui interdisent, qui promettent, qui morigènent, qui humilient, qui.... Ceux que tu vois, ce sont les parents qui hochent la tête avec agacement, qui te prennent à témoin, qui lève la main, qui giflent, qui menacent, qui attrapent sèchement la main, le bras, l'épaule, l'oreille, les cheveux, qui secouent.... 

Je peux comprendre que cette date de péremption des enfants israéliens, même aléatoire, fasse que l'on revoit ses priorités éducatives. Mais est-ce qu'il faut vraiment en arriver à cette prise de conscience terrible pour agir autrement avec nos enfants?


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