Je savais que nous aurions des surprises avec ce nouveau Pape. Qui n'est plus si nouveau d'ailleurs mais qui continue à innover.
Je mets une majuscule à "Pape", oui.... Souvent, je mets une majuscule à Dieu aussi. J'ai été baptisée, catéchisée, j'ai communié, tout le tintouin, la totale, les églises, la messe, les chants, les cierges, les histoires, l'encens, la communion, la confession, tout. J'aimais ça.
Je mets une majuscule à "Pape", oui.... Souvent, je mets une majuscule à Dieu aussi. J'ai été baptisée, catéchisée, j'ai communié, tout le tintouin, la totale, les églises, la messe, les chants, les cierges, les histoires, l'encens, la communion, la confession, tout. J'aimais ça.
Bon, les réunions après l'école chez les dames catéchèses, je trouvais ça un peu neuneu, franchement. Mais Madame Léon était vraiment gentille, et elle nous faisait un quatre-quart. Après, elle nous expliquait que si un petit garçon noir était tout seul dans la cour, c'était bien d'aller jouer avec lui et que c'était quand même Jésus qui nous aimait qui l'avait dit. Et on le dessinait. Jésus, pas le petit garçon noir.
Avec les curés, c'était plus littéral et nettement plus excitant. Les marchands du temple, les romains, Judas et Marie-Madeleine. J'aimais beaucoup Marie-Madeleine avec ses longs cheveux. Et Simon Pierre-tu-es-Pierre-et-sur-cette-pierre-je-bâtirais-mon-église aussi. Ca avait de la gueule, faut bien le reconnaître. Par contre, Jean, je le trouvais un peu fayot sur les bords.
Plus tard, je me suis rendue compte que nous n'étions pas d'accord sur certains sujets, l'Eglise et moi. Et on me disait "c'est pas grave, tu prends ce qui t'intéresse et tu laisses ce que tu n'apprécies pas". Oui. Sauf quand le Pape justement, à Rome ou ailleurs, vient te dire que le meilleur moyen de lutter contre ce virus qui ravage le monde, c'est l'abstinence sexuelle. Par exemple. Ca m'a agacée, ça. Surtout que tu sais que beaucoup de gens lui font confiance, à cet homme. Et font ce qu'il leur dit de faire. Pas de pratiquer l'abstinence sexuelle, ça non, on sait que ce n'est pas possible. Non, ils ont des relations sexuelles, évidemment. Mais sans capote. Parce que la capote, le Pape est contre. Au Burundi, par exemple, pays à forte majorité catholique. Et dont le taux de prévalence du VIH a dépassé les 10% de la population dans les années 90. Avec des orphelins dont on ne savait pas quoi faire. Ca m'a vraiment, vraiment agacée.
Avec ce Pape, je me doutais que ça allait bouger donc. Mais il m'a quand même surprise avec le pardon aux femmes qui avaient avorté. Je l'attendais sur le divorce, la contraception, sur le mariage des prêtres, sur la prêtrise aux femmes, sur tous ces sujets qui font que les églises sont vides, faute de pouvoir répondre aux attentes d'une population qui a évolué. Mais l'avortement? Ca m'a scotchée.
Bon, remettons les choses en perspective, il ne demande pas le pardon de l'avortement, ce serait trop énorme. Et je ne suis même pas certaine que ce soit possible, voire souhaitable (mais c'est un autre sujet). Non, il enjoint les prêtres à accorder leur pardon, ce qui revient au pardon de Dieu puisque les prêtres en sont les représentants, pardon donc aux femmes qui ont avorté.
C'est doublement une révolution. D'abord parce qu'il parle aux prêtres directement, sans passer par les cardinaux, évêques, etc... L'Eglise a une hiérarchie aussi rigide, voire plus rigide que celle de l'armée. En parlant directement aux prêtres, il court-circuite tout le système. Ce qui n'est pas rien.
Ensuite, et surtout, en demandant à ce que ces femmes soient pardonnées, il continue de les considérer comme fautives (puisqu'il faut leur pardonner) mais il leur reconnaît le droit à la rédemption. Ce qui est totalement inédit. Je rappelle qu'un meurtrier pouvait être pardonné par un prêtre, pas une femme qui avait avorté et ce quelles que soient les conditions de la fécondation. L'Eglise brésilienne a récemment excommuniée une mère et sa fille de 9ans, parce que la première avait aidé la seconde a avorté. En sachant que la petite était enceinte des suites d'un viol et qu'elle risquait fort de ne pas survivre à un accouchement, vu son jeune âge et sa constitution. Si le Pape est entendu, la petite et sa mère ne seront plus excommuniées et seront même pardonnées.
Pour nous qui vivons dans un pays laïc et qui, peut-être, nous sommes écartées de la religion, ça ferait presque sourire. Après ce que cette mère et son enfant ont vécu, le pardon de l'Eglise franchement.... Mais pour une femme vivant dans une communauté très empreinte de l'influence des religieux, ce pardon, c'est la différence qu'il y a entre l'exclusion totale du monde des vivants et un maintien dans un groupe humain. C'est la conservation d'un lien, certes précaire et conditionné, mais un lien quand même avec sa communauté.
Pour moi qui ait avorté, et qui n'en ait jamais demandé pardon à qui que ce soit (sauf à la vie que je n'ai pas laissée naître), je prends ce pardon que m'accorde aujourd'hui le Pape comme un jalon supplémentaire dans le processus de deuil qui suit tout avortement. Même si je n'en ai pas ressenti le besoin au moment où j'ai moi-même traversé ce deuil, j'aurais aimé le connaître à cette époque pour étayer le pardon que je me suis finalement accordé à moi-même, au terme d'un long et parfois douloureux processus. J'aurais aimé toutefois qu'il soit plus direct, et plus évident dans ses implications, non pas pour justifier par avance mais pour éclairer cette décision que j'ai prise et qui n'aurait pas pu être différente à ce moment-là.
Et je remercie ce Pape de l'avoir compris et pris en compte. Parce qu'en faisant cela, il reconnaît qu'une femme qui avorte est dans une situation où elle ne peut pas faire autrement. Et il clame, sans le dire, à la face des hommes auteurs de ces grossesses et qui condamnent sans nuance et la femme et l'avortement, qu'ils ne sont que des hypocrites irresponsables et indignes.
Que vivà el Papa !
Avec ce Pape, je me doutais que ça allait bouger donc. Mais il m'a quand même surprise avec le pardon aux femmes qui avaient avorté. Je l'attendais sur le divorce, la contraception, sur le mariage des prêtres, sur la prêtrise aux femmes, sur tous ces sujets qui font que les églises sont vides, faute de pouvoir répondre aux attentes d'une population qui a évolué. Mais l'avortement? Ca m'a scotchée.
Bon, remettons les choses en perspective, il ne demande pas le pardon de l'avortement, ce serait trop énorme. Et je ne suis même pas certaine que ce soit possible, voire souhaitable (mais c'est un autre sujet). Non, il enjoint les prêtres à accorder leur pardon, ce qui revient au pardon de Dieu puisque les prêtres en sont les représentants, pardon donc aux femmes qui ont avorté.
C'est doublement une révolution. D'abord parce qu'il parle aux prêtres directement, sans passer par les cardinaux, évêques, etc... L'Eglise a une hiérarchie aussi rigide, voire plus rigide que celle de l'armée. En parlant directement aux prêtres, il court-circuite tout le système. Ce qui n'est pas rien.
Ensuite, et surtout, en demandant à ce que ces femmes soient pardonnées, il continue de les considérer comme fautives (puisqu'il faut leur pardonner) mais il leur reconnaît le droit à la rédemption. Ce qui est totalement inédit. Je rappelle qu'un meurtrier pouvait être pardonné par un prêtre, pas une femme qui avait avorté et ce quelles que soient les conditions de la fécondation. L'Eglise brésilienne a récemment excommuniée une mère et sa fille de 9ans, parce que la première avait aidé la seconde a avorté. En sachant que la petite était enceinte des suites d'un viol et qu'elle risquait fort de ne pas survivre à un accouchement, vu son jeune âge et sa constitution. Si le Pape est entendu, la petite et sa mère ne seront plus excommuniées et seront même pardonnées.
Pour nous qui vivons dans un pays laïc et qui, peut-être, nous sommes écartées de la religion, ça ferait presque sourire. Après ce que cette mère et son enfant ont vécu, le pardon de l'Eglise franchement.... Mais pour une femme vivant dans une communauté très empreinte de l'influence des religieux, ce pardon, c'est la différence qu'il y a entre l'exclusion totale du monde des vivants et un maintien dans un groupe humain. C'est la conservation d'un lien, certes précaire et conditionné, mais un lien quand même avec sa communauté.
Pour moi qui ait avorté, et qui n'en ait jamais demandé pardon à qui que ce soit (sauf à la vie que je n'ai pas laissée naître), je prends ce pardon que m'accorde aujourd'hui le Pape comme un jalon supplémentaire dans le processus de deuil qui suit tout avortement. Même si je n'en ai pas ressenti le besoin au moment où j'ai moi-même traversé ce deuil, j'aurais aimé le connaître à cette époque pour étayer le pardon que je me suis finalement accordé à moi-même, au terme d'un long et parfois douloureux processus. J'aurais aimé toutefois qu'il soit plus direct, et plus évident dans ses implications, non pas pour justifier par avance mais pour éclairer cette décision que j'ai prise et qui n'aurait pas pu être différente à ce moment-là.
Et je remercie ce Pape de l'avoir compris et pris en compte. Parce qu'en faisant cela, il reconnaît qu'une femme qui avorte est dans une situation où elle ne peut pas faire autrement. Et il clame, sans le dire, à la face des hommes auteurs de ces grossesses et qui condamnent sans nuance et la femme et l'avortement, qu'ils ne sont que des hypocrites irresponsables et indignes.
Que vivà el Papa !
Bonjour,
RépondreSupprimermerci pour votre article. Le point que je trouve le plus éclairant, c'est la mise en lumière (que je n'ai lu nulle part ailleurs) des hommes qui ont aussi joué un rôle dans la fécondation des femmes qui avortent, et qui ensuite condamnent ces dernières... ( "Juge et partie" ? ).
BG.