Ca me fait penser au pansement du Capitaine Haddock, dans je ne sais plus quelle aventure de Tintin. Le pansement qui se colle partout et qui est toujours là, impossible à enlever. Je demanderai à Gérard Guasch* et son Tintin sur le divan.
C'est vrai que ça colle, les étiquettes. Ce n'est pas très bien vu des sommités du développement personnel. A longueur de bouquins et de conférences, ces gens t'expliquent que les étiquettes, c'est mal. Et, en même temps, toi, tu sais que c'est commode. Ah si, c'est commode! Que celui ou celle qui n'a jamais, à la machine à café ou ailleurs, utilisé une étiquette pour justifier, étayer ou argumenter son propos d'un "ben tu sais, c'est un pervers narcissique." ou bien un "attends, elle est complètement hystérique!" me jette la première pierre. C'est pratique, rapide, efficace. Bon, c'est vrai, ça colle.
Et puis aussi, les étiquettes, ça rassure. Si, je t'assure. Au début au moins, les étiquettes sont parfois le résultat d'un diagnostic qui n'est pas toujours en soi quelque chose de rassurant mais qui donne une explication et une légitimité aux comportements, aux douleurs, aux incompréhensions qui peuvent émailler une vie.
Je connais un couple de parents, ils ont été soulagés quand on leur a dit que leur fils souffrait d'une forme d'autisme. Parce que les comportements de leur enfant faisaient que, forcément, on leur posait la question "Mais... Qu'est-ce qu'il a?". Et jusqu'à ce que l'enfant ait 5 ans, ils répondaient "rien... il n'a rien". Et le questionneur prenait l'air gêné du gaffeur, ou bien l'air entendu du censeur qui pense que, vraiment, tu as raté l'éducation de ton gosse. A partir de 6 ans, ils ont pu répondre "il est autiste". Et même si cette réponse-étiquette leur a occasionné une souffrance infinie, les réactions n'étant plus les mêmes, ils ont gagné en sérénité. Leur fils n'avait plus "rien", il avait quelque chose.
C'est vrai que ce serait encore mieux si tu pouvais compter sur la compassion universelle des gens qui t'entourent, et te passer des étiquettes, mais bon... La compassion universelle, c'est un processus, on y travaille.
Les étiquettes, ça peut aussi aider à comprendre ce que tu ressens. Je l'ai déjà dit ici, j'ai des enfants HP. Ces enfants-là, souvent, ne réagissent pas comme les autres enfants et peuvent souffrir d'incompréhension de la part non seulement de leurs pairs, mais aussi des adultes. Comme leur père et moi avons été précoces aussi en notre temps (à l'époque, on disait "surdoué"), nous avions reconnu les signes et nous leur avions expliqué ce qui se passait dans leur cerveau (autant que possible). Je ne dis pas que leur donner l'information les a sauvés mais cela les a aidé à prendre de la distance. Pourtant, c'était une étiquette.
Mais alors, quel est le problème avec les étiquettes?
D'abord, ça enferme. Si, tout petit par exemple, tu as été reconnu dans tel ou tel aspect de ta personnalité, même si c'est réel à la base, il y a un risque que tu ne t'en sortes pas et que tu restes à vie la rigolote à lunettes que tu étais en CP ou bien le gentil garçon que tu étais au collège... Et bon, ça peut être lourd, ou gênant. Surtout quand toi, tu te vois en vamp mélancolique ou que tu te perçois comme un bad boy en Harley (bonjour les clichés!).
Ensuite, il y a un risque de conformisme. Encore une fois, si je reprends les exemples précédents, tu ne te sens peut-être pas la rigolote à lunettes ou le gentil garçon mais si ce sont tes parents, ton papy que tu aimes, ton prof préféré ou tante Jeanne qui est morte qui te l'ont dit et répété, eh bien tu vas incarner la rigolote ou le gentil.
A vie.
Parce que ce serait trop difficile de faire mentir tante Jeanne, ou Maman ou Papy. Ou de décider qu'ils se sont trompés. Et c'est ainsi que tu ne vis pas ta vie mais celle qui a été écrite pour toi dans le script du gentil ou de la rigolote.
Et tout ça, tu vas me dire, pour un petit mot de rien du tout? Ben oui.... Parce que, parfois, on a l'impression de poser délicatement un petit post-it aérien, comme ça, presque pour rire.... Et va savoir pourquoi, l'autre, il le reçoit comme une marque gravée dans sa chair au fer rouge.
Comme pour le capitaine Haddock et son pansement, l'étiquette et ce qu'elle représente viennent occuper tout l'espace mental. Que ce soit pour s'y conformer ou pour s'en débarrasser, une grande partie, voire toute notre énergie est mobilisée.
Je fais l'hypothèse que ça n'aide pas les enfants à se concentrer par exemple, ni les adultes à rester serein ou à entrer en intimité. Je forme donc le souhait que l'on évite un peu plus la facilité des étiquettes et que l'on procède de temps en temps à un décollage rigoureux des étiquettes existant dans nos relations. C'est possible de décoller les étiquettes, et c'est plus facile à deux ou à plusieurs.
Et puis aussi, les étiquettes, ça rassure. Si, je t'assure. Au début au moins, les étiquettes sont parfois le résultat d'un diagnostic qui n'est pas toujours en soi quelque chose de rassurant mais qui donne une explication et une légitimité aux comportements, aux douleurs, aux incompréhensions qui peuvent émailler une vie.
Je connais un couple de parents, ils ont été soulagés quand on leur a dit que leur fils souffrait d'une forme d'autisme. Parce que les comportements de leur enfant faisaient que, forcément, on leur posait la question "Mais... Qu'est-ce qu'il a?". Et jusqu'à ce que l'enfant ait 5 ans, ils répondaient "rien... il n'a rien". Et le questionneur prenait l'air gêné du gaffeur, ou bien l'air entendu du censeur qui pense que, vraiment, tu as raté l'éducation de ton gosse. A partir de 6 ans, ils ont pu répondre "il est autiste". Et même si cette réponse-étiquette leur a occasionné une souffrance infinie, les réactions n'étant plus les mêmes, ils ont gagné en sérénité. Leur fils n'avait plus "rien", il avait quelque chose.
C'est vrai que ce serait encore mieux si tu pouvais compter sur la compassion universelle des gens qui t'entourent, et te passer des étiquettes, mais bon... La compassion universelle, c'est un processus, on y travaille.
Les étiquettes, ça peut aussi aider à comprendre ce que tu ressens. Je l'ai déjà dit ici, j'ai des enfants HP. Ces enfants-là, souvent, ne réagissent pas comme les autres enfants et peuvent souffrir d'incompréhension de la part non seulement de leurs pairs, mais aussi des adultes. Comme leur père et moi avons été précoces aussi en notre temps (à l'époque, on disait "surdoué"), nous avions reconnu les signes et nous leur avions expliqué ce qui se passait dans leur cerveau (autant que possible). Je ne dis pas que leur donner l'information les a sauvés mais cela les a aidé à prendre de la distance. Pourtant, c'était une étiquette.
Mais alors, quel est le problème avec les étiquettes?
D'abord, ça enferme. Si, tout petit par exemple, tu as été reconnu dans tel ou tel aspect de ta personnalité, même si c'est réel à la base, il y a un risque que tu ne t'en sortes pas et que tu restes à vie la rigolote à lunettes que tu étais en CP ou bien le gentil garçon que tu étais au collège... Et bon, ça peut être lourd, ou gênant. Surtout quand toi, tu te vois en vamp mélancolique ou que tu te perçois comme un bad boy en Harley (bonjour les clichés!).
Ensuite, il y a un risque de conformisme. Encore une fois, si je reprends les exemples précédents, tu ne te sens peut-être pas la rigolote à lunettes ou le gentil garçon mais si ce sont tes parents, ton papy que tu aimes, ton prof préféré ou tante Jeanne qui est morte qui te l'ont dit et répété, eh bien tu vas incarner la rigolote ou le gentil.
A vie.
Parce que ce serait trop difficile de faire mentir tante Jeanne, ou Maman ou Papy. Ou de décider qu'ils se sont trompés. Et c'est ainsi que tu ne vis pas ta vie mais celle qui a été écrite pour toi dans le script du gentil ou de la rigolote.
Et tout ça, tu vas me dire, pour un petit mot de rien du tout? Ben oui.... Parce que, parfois, on a l'impression de poser délicatement un petit post-it aérien, comme ça, presque pour rire.... Et va savoir pourquoi, l'autre, il le reçoit comme une marque gravée dans sa chair au fer rouge.
Comme pour le capitaine Haddock et son pansement, l'étiquette et ce qu'elle représente viennent occuper tout l'espace mental. Que ce soit pour s'y conformer ou pour s'en débarrasser, une grande partie, voire toute notre énergie est mobilisée.
Je fais l'hypothèse que ça n'aide pas les enfants à se concentrer par exemple, ni les adultes à rester serein ou à entrer en intimité. Je forme donc le souhait que l'on évite un peu plus la facilité des étiquettes et que l'on procède de temps en temps à un décollage rigoureux des étiquettes existant dans nos relations. C'est possible de décoller les étiquettes, et c'est plus facile à deux ou à plusieurs.
* Réponse de Gérard Guasch: La
référence est "L'affaire Tournesol" (1956). À la suite de l'explosion
de la maison du professeur Topolino, le capitaine Haddock se retrouve
affublé de plusieurs sparadraps, dont un sur l'arête du nez. Le petit
sparadrap va voyager de la page 45 jusqu'à la page 49 !
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