Je l'ai dit ici déjà, j'ai été élevée, comme à peu près tout le monde dans les années 70*, avec des punitions, des claques, des humiliations. Mes parents ayant eux-mêmes un lourd passé, les relations ont peut-être été plus dysfonctionnelles que dans certaines familles, et les coups plus fréquents, mais clairement moins dysfonctionnelles que dans d'autres familles. Donc, de ce point de vue là, j'aurais tendance à percevoir mon éducation comme se situant dans une "honnête" moyenne.
Pourtant, je constate que, si j'ai progressivement pris conscience de la nocivité relativement banale donc, de cette éducation, il n'en va pas de même pour tout le monde. Et je me retrouve ébahie de trouver en face de moi des gens éduqués, épris de justice sociale, plutôt bienveillants dans leurs relations à autrui qui, sans faire l'apologie de la gifle éducative, refusent de condamner fermement cette pratique et admettent y recourir "quand c'est nécessaire". Ce que je ressens encore parfois aujourd'hui, c'est vraiment une incompréhension ébahie. J'ai pu être soulevée par le dégoût et la rage au début de cette croisade mais cela a passé lorsque je me suis rendue compte que je venais toucher chez mes interlocuteurs quelque chose qui n'était pas de l'ordre de l'intellect ou même de l'émotionnel. Il y avait chez ces gens un refus profond et brut de remettre en cause un système. J'ai fini par me dire que, peut-être, en refusant de renier la baffe parentale, ces gens, mes interlocuteurs, mes amis parfois, ma famille refusaient de renier leurs propres parents et en même temps, l'éducation qu'eux-mêmes avaient reçu.... Parce que, suis-moi bien...., si tu dis que la mandale est à proscrire, tu admets qu'elle est néfaste. Ce faisant, tu condamnes tes parents mais aussi ce qui t'a permis de devenir qui tu es. Comme tu es plutôt content, la plupart du temps, de qui tu es, il n'est pas question de remettre en cause les fondements de cette éducation qui t'a fait(e). CQFD
Et c'est vrai, je suis plutôt satisfaite de qui je suis aujourd'hui (même s'il y a encore des marges d'amélioration) et je suis qui je suis -aussi- du fait des claques de mon père et des humiliations de ma mère, on est d'accord, tout cela m'a construite. Pour autant, je suis certaine que j'aurais été une personne, différente certes, mais surtout plus rapidement équilibrée si je n'avais pas eu à subir ce type de traitement. C'est vrai que ça fout le vertige, je reconnais que me penser autre est perturbant. Il me semble pourtant que, sans les coups que j'ai reçus, je n'aurais peut-être pas été si différente dans ce que je suis au fond et qu'une éducation plus bienveillante m'aurait permis en revanche de l'exprimer plus tôt dans ma vie, avec plus de force et moins de colère, plus de joie et moins de rancoeur, plus d'assertivité et moins d'agressivité.
* A part peut-être pour les enfants vivant avec des parents ayant eu déjà cette prise de conscience quelle qu'en soit la cause (mouvement hippie, communautés, etc....)
Bonjour Magali Toucourt,
RépondreSupprimerj'ai personnellement expérimenté les baffes, celles que j'ai reçues "pour mon bien", puis celles que j'ai données, à mes deux premiers enfants, "pour leur bien" cette fois-ci. Sans que j'ai été tout à fait à l'aise avec celles que j'ai données, je ne voyais que cette manière de faire. une sorte de nécessité pour "poser des limites", arrêter des cris, marquer un danger, ... éduquer, quoi !
Puis j'ai décidé - fortement "incité" par ma nouvelle compagne - de ne plus en donner, pour faire autrement et rompre avec cette "histoire de baffes" ... le dernier enfant, le 3ième, a été élevé sans gifles (qq fessées cependant ...) et est devenu un ado épanouit.
Ce qui m'a été difficile, et que tu mentionnes, c'est de tricoter une autre histoire de l'éducation, sans baffes, alors que l'histoire dominante raconte "qu'une bonne baffe, ça ne fait pas de mal" et "qu'on en meurt pas "( !).
Merci pour tes articles :)
Pipiou