J'ai déjà parlé des "limites" ici, et de l'incompréhension que la phrase "il faut poser des limites aux enfants"suscitait en moi. Mais c'est un thème tellement porteur que j'y reviens. Même avec l'hôm' qui partage ma vie, la question des limites est épineuse. Lui aussi trouve parfois que je pinaille. Comme il est un merveilleux sparring partner de discussions à éclosion d'idées (entre autres), il m'a permis de clarifier un ou deux points que je partage ici.
Je ne suis pas "contre" les limites ou, variante de la limite, je ne suis pas "contre" les frustrations. Les limites existent, ainsi que les frustrations, et sont inhérentes à notre humanité. Dire que je suis contre reviendrait à déclarer que je suis contre l'humidité de la pluie ou la chaleur du soleil.
En fait, quand tu nais, tu découvres la frustration illico. Si tu ne te souviens pas, je te fais un résumé: tu étais au chaud, dans la pénombre, protégé(e) du bruit, tout te tombait tout cuit dans le bec, easy! Et d'un coup, tu te retrouves dans le froid, après un passage horrible où tout est étroit, on t'oblige à prendre de l'air dans tes pauvres poumons, il faut que tu réclames quand tu as faim et ça ne vient même pas tout de suite! Je vais te dire: Si, comme le pensent les psychanalystes, la frustration construisait, rien qu'avec ta naissance, tu devrais être construit à VIE.... Et bonjour le type de construction!
Quant aux limites, allons donc.... rappelle-toi la première fois que tu as voulu te mettre debout, tu ne t'es pas retrouvé(e) sur les fesses sans comprendre? Rappelle-toi la première fois où tu as eu une otite, ou la rougeole, ou une angine, tu avais mal, tu avais chaud et il a fallu un temps infini avant que ça passe.... Et rappelle-toi la fois où tu t'es dit que tu allais courir le 100m en moins de 10 secondes. Hein? Tu ne t'es pas senti(e) limité(e), là?
Sommes-nous d'accord déjà sur ce point? Nous tous, humains, expérimentons des limites quotidiennement. Limite, impuissance, frustration... Ma réaction à la phrase "il faut mettre des limites aux enfants", c'est donc "Encore?!? il en faudrait encore plus? Mais pourquoi faire?"....
Les psychanalystes (encore eux) nous disent que l'absence de limites placeraient les enfants dans une grande angoisse. (Je passe sur le pendant théorique tellement commode de ce raisonnement qui veut que lorsque tu empêches un enfant de faire ce qu'il veut, en fait, tu lui rends service, c'est pour son bien, hé hé..). Mais, sérieusement, vous en connaissez des enfants qui grandissent sans que leurs parents ou leurs tuteurs ne mettent de limites?
Moi, si je regarde bien, en fait, je n'en connais pas. Je vois des enfants trop sages et ne pas oser (j'en vois énormément, contrairement à ce que j'entends partout). Je connais des enfants ou des ados bruyants faute de ne pas savoir comment attirer et obtenir l'attention et le soin d'un adulte. Je rencontre parfois des enfants épuisés de devoir suivre les rythmes inhumains que le travail de leurs parents leur impose. Je connais des enfants qui parle de mort à 8 ou 11 ans parce que qu'ils peinent à reconnaître le bon de la vie et surtout qu'ils n'en comprennent pas le sens. Je connais des enfants qui feraient n'importe quoi (N'IMPORTE QUOI!) pour passer du temps en tête à tête avec leur mère, ou leur père.
Ces enfants-là peuvent crier, mordre, courir, taper, se mettre en danger même.... Et je ne pense vraiment pas que ce soit faute de limites, ou que si des limites leur étaient données, cela réglerait leurs problèmes. Cela rendraient peut-être ces enfants moins visibles ou moins audibles mais certainement pas moins malheureux.
Donner des limites, c'est rendre les enfants plus faciles à vivre dans notre société, pour nous, pour les parents, les grands-parents, les profs. Et ça peut être un projet, après tout, pourquoi pas? Mais que l'on ne me dise pas que c'est pour le bien de l'enfant, que ça le structure, le construit ou le sécurise. Un enfant a besoin d'être aimé et d'apprendre en sécurité. Des limites, il en rencontre déjà, partout, tout le temps; il n'est pas nécessaire d'en rajouter.
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